jeudi 31 mars 2016

Épreuve physique, avancement spirituel



Longtemps, j’avais entremêlé le temps des moissons et celui des amours, j’avais voulu des récoltes au moment des semences, désirant la rencontre sexuelle et le contact avec Dieu avant l’ouverture du cœur, vivant bien des automnes en oubliant de renaître au printemps suivant. J’avais hiverné pendant de longues saisons, endormie dans un terrain vague jusqu’à ne plus pouvoir me réveiller du tout, jusqu’à ce que mes paupières intérieures ne s’entrouvrent presque plus. J’avais bien tenté de réparer les choses, de refaire mon passé, de prévoir le futur, de fixer le futur, devrais-je dire, afin de me rassurer. Parfois, et peut-être plus souvent que je ne le crois, j’avais vécu de fugitifs éveils à moi-même, au plaisir, au bonheur, à la nécessité d’assumer la matière humaine dont je suis faite. Mais, d’une façon cyclique, je glissais toujours et encore vers un manque de présence entière à ce qui est, je me laissais happer par « l’endormissement » de mon coeur. Ce mouvement de reflux s’est accentué au moment où mes yeux ont commencé à se couvrir (cataractes). En vérité, peut-être bien que mes yeux se sont couverts parce que ce mouvement s’était accentué!

Bien sûr, de l’extérieur, les choses n’ont pas l’air si dramatiques. La vie semble suivre un cours plutôt heureux. Pourtant, elle achoppe de plus en plus sur de petites choses qui s’étirent, qui se distendent, qui se chargent de tant de doutes et de questions sans réponse, de petites choses aussi minimes que des cataractes, et qui finissent par prendre toute la place. Les malaises, les petits et les grands malheurs et l’insuccès semblent être des accidents de parcours alors qu’ils sont le parcours même. Je ne parle pas ici d’une souffrance échafaudée à même les enjeux avortés d’hier, à même les manques d’amour de toutes sortes, je parle de la tension d’un cœur qui n’arrive pas à s’ouvrir sur lui-même, qui s’oublie et qui oublie le sens du divin en même temps.  Je parle d’une vie intime en plein chavirement alors même que tout semble aller plutôt bien vu du dehors.

La prise en charge de l’épreuve proposée par mes yeux a permis à son message de prendre place dans ma psyché, de s’intégrer et de me transformer. Bien sûr, j’ai reçu beaucoup d’aide. Cela sera l’objet des prochains chapitres. Jean-Claude Genel suggère que toutes les traditions utilisent le monde des images comme outil de connaissance de soi, je dirais de co-naissance. Les représentations de nous-mêmes et de la vie nous offrent à travers l’art de visualiser, c’est-à-dire de voir la réalité d’un œil nouveau, toutes les possibilités de renouer avec le divin, dit-il. J’ai, en effet, à travers cette expérience, développé un regard d’amour sur les différentes dimensions de ma réalité, un regard intégrateur de l’aspect spirituel de mon être.

 Je suis revenue à une plus grande affirmation de moi et mes qualités de cœur ont commencé à nourrir ma vie, mes relations et mon travail. J’ai appris à assumer ma présence, à la laisser dégager sa couleur distincte, à ne plus avoir peur de son souffle qu’il se fasse discret ou pénétrant. J’ai appris à m’aimer avec plus d’attention et d’intégrité.  J’ai appris à mieux danser entre les écueils, avec eux en fait, que la vie continue et continuera à me proposer, à bouger avec plus de fluidité du rire aux larmes, de la peine jusqu’à la joie et à me laisser basculer tout doucement vers la peine de nouveau quand elle se présente… Sans lutte. ( extrait de mon livre PRÉSENCE, la voie de la lumière)

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