"... le plus souvent, les êtres humains se lancent dans une relation alors qu'ils ignorent tout l'un de l'autre. Il m'arrive de connaître séparément un homme et une femme qui se rencontrent et qui m'annoncent tout d'un coup qu'ils s'aiment... Aussi suis-je facilement amené à savoir sur quelle base de non-connaissance de l'autre ils se sont engagés trop vite. Un des pièges est de confondre, comme je le constate trop souvent, la possibilité d'une véritable relation qui traverse les années et le désir d'une compagnie parce qu'on se sent trop seul.
Pour une relation durable, la première nécessité est d'admettre que l'autre est vraiment un autre. Que nous sommes deux. Que nous sommes différents. Et c'est seulement à partir de la reconnaissance parfaite de cette vérité que, peu à peu, une communion profonde pourra grandir et se stabiliser. Il faut admettre que l'autre n'est pas un alter ego. On ne saurait donc lui demander de vouloir tout ce que je veux, d'aimer tout ce que j'aime, de critiquer tout ce que je critiique et qu'il soit en face de moi comme si je me regardais dans un miroir : quand je souris, mon reflet sourit, quand je fais la grimace mon reflet fait la grimace. La souffrance de ne pas se sentir compris vient tout simplement du fait que nous tentons de nier cette différence entre l'autre et soi.
La véritable relation n'est possible que sur la base très claire de l'incontournable réalité de la différence."
(Desjardins, Arnaud. La fête de la nouveauté dans Être à deux ou les traversées du couple, collectif sous la direction de Nathalie Calmé, Paris, Albin Michel, 2000, pages 215 et 216)
Aucun commentaire:
Publier un commentaire