Nous sommes toujours plus ou moins dans un état de
demi-somnolence, de rêve éveillé. On pourrait le comparer à un état altéré.
Nous répétons des gestes automatiques sans y penser vraiment, notre mental
étant très occupé à se souvenir ou à espérer, flottant au-dessus du quotidien.
Nous pensons au passé, nous fouillons dans les tiroirs de
nos vieilles affaires: “Je ne sais pas si elle s’est rendue compte qu’elle m’a
blessée l’autre jour.” “ Pourquoi il m’a dit ça lui, il y a six mois ?” “Ma
patronne m’en a toujours trop demandé.” “ Mes parents m’ont mal-aimé.” Des
pensées obsédantes et stériles irritent nos jours et souvent nos nuits.
De la même façon, on se tourne vers demain:” Qu’est-ce que
je vais faire si je perds mon emploi ?” “ Vivement vendredi ou les prochaines vacances,
je n’en peux plus.” “Quand j’aurai plus d’argent, quand mon partenaire de vie
m’aura enfin dit que je suis belle avec conviction, quand j’aurai perdu du
poids, quand ceci et cela, je serai heureuse... c’est sûr.”
Focalisant sur le passé et le futur, nous en oublions le
jour d’aujourd’hui. Si nos pensées multiples restent éparpillées dans le temps,
la séparation s’installe. À vouloir réparer un passé révolu et à désirer un
futur évanescent, notre attention s’étiole dans le présent, créant un état de
transe non-productif. Un état d’errance dans des sphères éthérées où
l’enracinement dans la vie humaine est absent… par trop de présence à des temps
divergents.
Pour que nos transes soient créatrices, il faut qu’elles
soient circonscrites dans le temps, pas dispersées et inconscientes. Il faut
qu’elles soient voulues à un moment précis, qu’elles soient induites à partir
d’un mental apaisé. Elles doivent se situer entièrement dans le présent. Et
dans le présent, que retrouve-t-on ? Tout , tout ce qui est et donc le passé et
le futur également. Par exemple, si j’entre en transe avec l’intention de
guérir des blessures du passé à partir d’une pleine présence, il peut y avoir
une réelle guérison. Sinon je plane au-dessus du passé. La guérison ne peut
pénétrer que le présent émotionnel et le chemin qu’elle emprunte est toujours
celui du coeur, jamais celui d’un mental effaré parce qu’affairé.

J'ai la pensée que maman, toujours assise dans son fauteuil (elle ne peut plus marcher), vit de grands moments en état de transe, d'absence face à la vie terrestre. Nous inquiétons pour elle mais elle, elle a déjà les pieds et l'âme à cheval sur deux vies, celle-ci et l'autre.
RépondreEffacerAlors , je désamorce mon inquiétude.
Ton texte m'amène ces pensées.Merci!
Oui, elle est sûrement déjà là-bas...
RépondreEffacer