" Le but que poursuit l'Indien n'est pas d'atteindre la perfection morale, mais d'atteindre l'état de nirdvandva. Il veut se libérer de la nature et par conséquent atteindre par la méditation l'état sans images, l'état de vide. Moi, au contraire, je vise à me maintenir dans la contemplation vivante de la nature et des images psychiques. Je ne veux pas être débarrassé ni des hommes, ni de moi-même, ni de la nature, car tout cela représente à mes yeux une merveille indescriptible. La nature, l'âme et la vie m'apparaissent comme un épanouissement du divin. Que pourrais-je désirer de plus? Pour moi, le sens suprême de l'être ne peut consister que dans le fait que cela est et non point dans le fait que cela n'est pas ou que cela n'est plus.
Pour moi, il n'y a pas de libération à tout prix. Je ne saurais être débarrassé de quoi que ce soit que je ne possède, que je n'aie ni fait, ni vécu. Une réelle libération n'est possible que si j'ai fait ce que je pouvais faire, si je m'y suis totalement adonné ou y ai pris totalement part. Si je m'arrache à cette participation, j'ampute, en quelque sorte, la partie de mon âme qui y correspond." (Jung, C.G. Ma vie, souvenirs, rêves et pensées, Paris, Gallimard, 1973, page 317)
Plus loin, Jung ajoute : "Un homme qui n'a pas traversé l'enfer de ses passions ne les a pas non plus surmontées. Elles habitent dans la maison voisine et, sans qu'il y prenne garde, une flamme en peut sortir qui atteindra aussi sa propre maison. Si nous abandonnons, laissons de côté et, en quelque sorte, oublions à l'excès, nous courons le danger de voir reparaître avec une violence redoublée tout ce qui a été laissé de côté ou abandonné." (page 318)
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