mardi 13 mars 2012

Le corps comme lieu d'existence



Ma réflexion sur le corps s’est beaucoup enrichie de la lecture du très beau livre de Marion Woodman: Obsédée de la perfection. Elle y démontre avec brio comment de nombreux siècles d’autorité patriarcale ont causé l’absentéisme de la conscience corporelle, l’investissement excessif de la rationalité et de l’intellectualisme, l’établissement de valeurs matérielles et compétitives. La féminité, de par sa créativité et ses valeurs cardiaques, à cause de son mouvement à la fois plus expansif et plus incarné, a été réprimée et jetée au rancart. Même après des années de combat, les femmes ne sont pas plus épanouies en tant que femmes. Elles ne sont guère plus heureuses sexuellement. Elles ont revendiqué le territoire masculin d’une façon presque virile au détriment de leurs vies intimes et de leur puissance intérieure. Marion Woodman propose de “décapiter la sorcière malveillante” qui a établi ses quartiers dans la tête à la manière de Méduse, la déesse portant ses pensées comme un chapeau fabriqué de mille serpents si bien que son crâne même est un nid de vipères. Elle dit: “Quand on intellectualise un problème, le corps est cruellement négligé.”  Cruellement, le mot n’est pas trop fort. Le corps est le porteur du féminin de chacun, homme et femme, il est ce féminin même. Confronté à l’abandon, il exprime sa révolte à sa façon.  Par l’anorexie mentale, la boulimie ou encore l’obésité, le corps peut devenir une caricature de celle ou de celui (les hommes sont de plus en plus touchés par ces maladies) qu’il incarne. Il peut être affligé de malaises douloureux ou de maladies mortelles, il peut souffrir d’une apathie des sens. Il existe souvent sans plaisir sexuel réel ni grande vitalité.

Au moment où les femmes se devaient de faire cesser la colonisation de leur corps et donc, de leur être profond et de leur sexualité, elles ont d’abord mené une lutte « de tête. »  C'était normal. Elles ont investi le territoire même de l’ennemi et en ont fait le premier site de leur guerre sainte. Comme si elles étaient passées par Rome la rationnelle, puisque tous les chemins semblaient y mener, pour arriver jusqu’à leur terre promise. Le mouvement initial vers la liberté passe presque toujours par des avenues contraires à l’effet recherché. L’enfant vit une grande dépendance avant d’affronter l’autonomie. L’adolescent s’investit dans la négation des règles parentales et sociales pour arriver à la découverte et à l’affirmation de lui-même. La fusion précède souvent la différentiation des partenaires amoureux. Ainsi, en Occident, les femmes ont lutté à la manière des soldats, elles se sont battues agressivement pour leurs droits, elles ont revendiqué un statut social et professionnel juste et décent comme un premier pas vers leur liberté. Ce mouvement a été chargé, au tout début, d’une énergie plutôt masculine. Les femmes ont gagné une place sous le soleil professionnel, mais elles travaillent comme des hommes, elles n’oeuvrent pas au féminin. L’instauration d’une vraie liberté coïncidera avec le retour obligé vers la déesse intérieure et son royaume de chair et de sang. Cela n’est pas encore accompli.


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