Nous occupons facilement le
temps mais nous n’occupons pas
facilement l’espace.
Nous occupons le temps par
degrés, par étapes, par échelons. Comme dans l’esprit des traditions
religieuses occidentales, nous pensons pouvoir atteindre le ciel (et, profanes
que nous sommes, nous transposons tous nos désirs sur cette représentation) en
escaladant une montée offrant mille obstacles à vaincre. Une fois un palier atteint, une fois
une épreuve rencontrée, il n’y a plus de retour en arrière, comme dans le monde
des affaires ou dans le monde de la compétition sportive. Un cheminement
linéaire offre une vision limitée de la vie parce qu’il dirige l’attention vers
un endroit précis et unique, en face de soi. Et le passé du temps est laissé
pour compte dans le réduit derrière la maison intérieure.
Nous occupons difficilement
l’espace parce que nos élans de vie sont contrariés, enfermés dans la nécessité
de viser une cible le plus souvent inaccesible, le ciel. La joie ne survit pas à l’effort ordonné
vers l’avant, vers le plus haut, vers l’extérieur. Vivre plutôt dans un esprit
de communion et maintenir dans l’espace intérieur, sphérique, illimité, le
“tout qui est nous” et “qui est tout.” Le ciel est dedans, près du centre, manifesté dans
l’immédiat, si on y porte attention. Le passé s’estompe sans s’effacer, il
enrichit le moment présent plutôt que de nous en détourner. Une gestalt est
complétée. C’est-à-dire que notre
vie devient plus grande et son sens est plus riche que chacune de ses parties.
Il n’y a plus de but, d’ascension, d’arrivée, seulement une présence ((les
Tantrikas diraient, une présence frémissante) à soi et au monde dans un espace
infini, déjà accompli.
La nécessaire rédemption du passé
annoblit et élargit l’espace lumineux du présent.
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