Dernièrement, j'ai eu le grand bonheur de bercer une toute petite
fille de 6 jours pendant presque deux heures. Elle était profondément
endormie, abandonnée à la chaleur de mes bras. Ou était-ce moi
avandonnée à la chaleur de ce petit corps tout neuf et détendu. Qui a
donné le plus à qui ? Malgré l'échange, j'ai davantage reçu d'elle, je
crois. Je me sens humble et reconnaissante face à un tel miracle...
J'ai
retrouvé ensuite ce passage de Denis Pelletier dans "Ces îles en nous",
un très beau livre qui date de 1987 mais qui m'inspire encore:
Petit insulaire de la mère profonde, voici ce que tu devrais savoir
avant de venir au monde. Tu n'as vraiment aucune idée de cet autre
monde. Certes, tu l'entends, des secousses te parviennent de l'autre
versant, tu connais les rythmes, les balancements, mais jamais, au grand
jamais, tu ne peux soupçonner l'espace. Comment dire ? Tu sens tout
autour de toi des parois molles et chaudes qui t'enveloppent. Ton
existence t'est ainsi constamment rappelée par les chocs que tu connais,
par les pressions qui s'exercent sur toi. Imagine un seul instant que
tu perds le contact avec cette substance qui t'entoure. C'est cela
l'espace, le temps où tu ne sens plus rien. Je sais, c'est affolant. Les
premières fois, tu vas crier, et il faudra vite que ta mère, ton père,
quelqu'un, vienne te prendre, te toucher, te faire exister en faisant
partout pression sur ta peau. Les caresses te diront que tu es bien
vivant et que tu n'es pas perdu dans le vide.
Tout espace où tu aimeras te blottir et te ramasser sur toi-même sera
le commencement d'un refuge. Chaque fois que tu seras bien installé
quelque part pour y demeurer, tu pourras t'adonner, petit insulaire, à
l'aventure de la solitude. L'espace clos aura sur toi un effet
d'intimité. Tu ressentiras, sans pouvoir te l'expliquer, la familiarité
rassurante d'être ainsi au milieu d'un volume qui t'entoure et te
contient. ( page 15)
Que
de guérison pour moi qui ai été très peu prise, cajolée, bercée dans
des bras chauds. Je sais maintenant que chaque moment d'enveloppement ou
de solitude auront été confirmants de mon existence. Cette solitude
connue dans les premiers mois de ma vie, et souvent réprouvée par la
suite, aura peut-être été des plus nourrissante pour moi. J'ai
l'impression d'avoir eu la chance, dans l'espace clos où je vivais et
qui me contenait, d'y développer ma force et, somme toute, ma vie...

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