..."Maintenant que tu as appris à t'ouvrir, ne reste pas fermé..."
"Elle décida alors de pincer des régions de ma peau pour l'étirer, de la poitrine, des épaules, des jambes, des bras, des paupières, de la nuque, du crâne. Elle étira également l'enveloppe de mes testicules. Je la vis s'ouvrir comme un grand éventail, déployant ses énergies retenues. Cette bourse qui depuis toujours s'était plissée comme une écorce abandonna son désir de protéger le sperme et s'ouvrit au monde, avec joie, sans appréhension, dans un immense sourire.
" Vers l'extérieur, entre dans l'air et ses parfums cachés, sens des prolongements jusqu'à l'infini, transforme en ailes tes omoplates, offre la peau du ventre comme une coupe aimante absorbant sans crainte le destin mortel. Ta peau n'est pas une prison qui te prive du monde, tu ne vis pas enfermé dans une illusion que tu appelles "dedans". Permets qu'elle te porte vers le "dehors", afin que cesse l'enfer de la séparation. Que ton corps s'étende vers les six directions, vers l'avant où s'accumulent les projets, vers l'arrière où dix mille saintes mains te poussent vers la vie, vers ton côté droit par où naisssent les innombrables soleils et aussi vers la gauche, déclin où le départ est une promesse de retour; vers le bas, abîmes où règne la torche qu'il est impossible d'éteindre, et vers le haut, au-delà des étoiles, lumineuse absence dans laquelle s'évanouissent les mots. Continue ainsi à t'étendre afin qu'en arrivant au bord qui se submerge dans la volonté invisible, tu sentes que tu es une sphère en expansion et découvres ton centre. Reconnais ce diamant, cet oeil en flammes, mystère qui nourrit le bien autant que le mal, en fonction de l'usage que tu en fais."
Je perdis la notion du temps. Lorsqu'elle eut fini d'étirer ma peau et que je me sentis aussi léger qu'un nuage, je m'aperçus qu'il était déjà minuit.
"C'est l'heure où la vision de la chouette devient parfaite. La terre lui apparaît comme un être vivant composé d'ondes amoureuses. L'une d'elle est l'aliment. Le mulot le sait et il s'offre à elle sans essayer de fuir. Il entrera dans l'énergie qui le triture et deviendra oiseau. L'essence est immortelle. Elle ne fait que changer de forme... Comme le rapace, tu verras le monde amoureux t'envoyer toutes sortes d'aliments. Pour ton corps et pour ton âme. Ne te demande pas ce qu'ils sont, accepte-les, ils viennent du plus profond de toi-même... Maintenant, tu peux t'en aller. Sur le chemin, ne parle à personne. Contente-toi d'écouter..."
Je descendis par l'avenue Insurgences sans aucune crainte bien qu'une panne d'électricité ait plongé le quartier dans l'obscurité. Les assaillants passèrent à côté de moi comme des lambeaux de velours noir, sans me voir. Ma réalité n'était plus la leur. En revanche, un pappillon de nuit, de la taille de ma main, vint se poser sur ma poitrine, battant des ailes comme s'il voulait entrer. Pour lui, peut-être mon coeur brillait-il comme un petit astre.
(Mu, le maître et les magiciennes, pages 154-155)
Tellement inspirant ces textes. Merci caroline de nous les partager!
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