mercredi 13 juin 2012

"Il faisait toujours soleil dehors"

Lundi matin: traitement d'ostéopathie à une heure et demie de Montréal, au bout d'un long et verdoyant chemin de campagne. Je consulte toujours près de ma résidence. Ce dépaysement fait partie de mon traitement, symbole de mes visites à des lieux intérieurs méconnus et éloignés. Cette ostéopathe pratique aussi à Montréal non loin de ma résidence.  Ce n'est pas un "hasard" si elle ne prend plus de nouveaux clients en ville et que je doive me rendre ailleurs qu'en terrain familier.

Lundi matin: allongée dans une pièce très ensoleillée, des souvenis remontent à la surface.  Ses mains savantes et intuitives m'invitent dans mon corps. Il se souvient que, dans mon enfance, s'il faisait toujours soleil dehors, il faisait toujours gris à la maison. Mon corps révèle une peine que ma tête a occultée. L'ostéo m'appelle silencieusement sous ses mains. Peut-être pourrait-il faire beau dedans aussi? Ma poitrine s'ensoleille. Une respiration plus profonde m'inspire, je rentre chez moi et le soleil y brille ...

Je prend conscience que mes visites à mon monde intérieur ne se faisaient pas tout à fait dans mon corps. Plutôt dans mon imaginaire.  Il y avait un léger décalage entre le lieu corporel et ce que j'appelle mon village intérieur. Aujourd'hui, il  fait beau  dedans et je le ressens physiquement...

Extrait de mon livre:
"Dans un premier temps, souffrir m’a détachée de la vie au lieu de m’y attacher avec constance. J’ai été perdue de longues heures durant dans des bureaux de thérapeutes à  dire mes « mal-à-être », à chercher et à trouver les mots pour les révéler dans toute leur gravité. J’ai mis tant et tant d’efforts à inventer une parole plus juste, plus explicite même si elle condamnait à grands renforts d’arguments plus ou moins rationnels les causes intrinsèques de mes problèmes et leurs créateurs désignés. Je ne dis pas qu’on ne doive pas aller en thérapie. Je crois que ce travail très féminin qui consiste à séparer l’ivraie du bon grain, à se pencher avec parcimonie sur le malheur et ses tenants et aboutissants pour en extraire une expression libératrice, est nécessaire. Oui, ce travail de défrichage est tout à fait nécessaire. Il permet de conquérir l’espace intérieur grâce à une victorieuse succession de morts et de renaissances nommées et renommées avec une conscience élargie. Cependant, il faut reconnaître qu’il est essentiellement préparatoire et organisateur de l’ultime travail de guérison.  Vient un jour où le corps a à chercher ses propres mots et à les trouver. Dans le silence du travail corporel, ou de l’accueil corporel, qui cherche à laver les scories du passé, accompagné ou en solitaire, dans ce silence du corps qui s’éveille, l’expérience, le ressenti deviennent éloquents et révèlent les secrets les mieux gardés, ceux qui s’égaraient encore dans le geste verbal."

2 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé ce blog, très vivant, lumineux et si bien écrit! Et, surtout, joyeux malgré la peine. Les ostéopathes ne m'ont jamais donné ça! Ou je ne l'ai pas trouvé, axé que j'étais sur le résultat physique... ou corporel?

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  2. J'ai enfin réussi à publier un commentaire. Le système est lourd, mais finalement, j'ai réussi! Y'a du soleil !

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