jeudi 16 février 2012

La marche, symbole de l'avancée spirituelle



“Il est dommage de ne pouvoir se souvenir de la première fois  où l’on a su marcher, du jour où le monde, au lieu de se réduire à l’arche d’un berceau,  au lisse  d’un  plafond, au feuillage d’un arbre, s’est dressé devant nous et, s’offrant à des parcours autonomes, s’est révélé inépuisable.” ( Chantal Thomas)

J’ai eu la chance inouïe de naître dans un petit village des Cantons de l’Est et d’y vivre toute mon enfance sans conscience des dangers du monde extérieur. L’univers et ses périls semblaient absolument inexistants. Dans les années 50, la paix était revenue poser son souffle réconfortant sur une terre brutalisée par la deuxième guerre mondiale, destructrice et malsaine comme toutes les guerres savent si bien l’être. Mon coin de pays, bien qu’isolé du reste du monde, jouissait du renouveau ambiant et la vie allait son petit bonhomme de chemin très simplement. Les Félix Leclerc et Raymond Lévesque chantaient un monde meilleur et nous faisaient rêver à la liberté. Nous nous sentions en sécurité, tous les espoirs étaient permis. Et plusieurs espoirs se sont effectivement matérialisés.
Pourtant, s’élancer vers la vie dans un bel élan créatif, marcher jusqu’au bout des limites culturelles, sortir du village, tout cela était impératif, physiquement et psychologiquement. 
 
Je me souviens de mes premiers pas en-dehors de mon patelin et de mes premières longues marches hors de l’espace délimité par l’autorité en place et par l’isolement géographique du village. Je porte de très belles mémoires d’excursions dans les jardins privés du pensionnat où j’ai pu me réfugier à l’âge de 15 ans. Ceux-ci étaient réservés aux religieuses mais j’avais trouvé une façon d’y pénétrer. Comme j’étais habituellement une élève bien à son affaire, j’arrivais à m’absenter du moment réservé à l’étude sans que les religieuses s’inquiètent ou même soupçonnent ma désobéissance. Enchantée, à la manière d’une belle au bois marchant, je parcourais les jardins ou les bois adjacents pendant plus d’une heure, en riant, en pleurant, en rêvant, rebelle et libre.  Puis, je rentrais sereine, la tête haute, sans culpabilité aucune, juste à temps pour le souper, chargée de tout mon soul de la vision d’une nature magnifique.

Je me rappelle de folles aventures qui s’allongeaient toute la nuit durant à travers les premières villes que j’ai habitées, jeune adulte. Je revois des ponts traversés à trois heures du matin, j’entends des propos délirants professés du haut de mes dix-huit ans, des poèmes récités (ou entendus d’eux) à Denis, à Pierre, à André jusqu’à ces aubes froides et pures qui me retrouvaient sur le seuil de mon appartement, gelée, grisée, gaie ou triste mais si vivante. Le jour, de vraies montagnes grimpées jusqu’en haut m’ont vue arriver essoufflée, ivre, pleine de rêves … des passerelles vers le bonheur! Je me souviens d’un amour sincère et humble offert à la nature. Et d’un retour d’amour de celle-ci…

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