Un souvenir à propos de Solène, ma fille aînée qui aura 42 ans cette année. C'était il y a longtemps, elle avait 23 ou 24 ans. Elle venait d'aménager seule après avoir passé quelques années avec des co-locs. Pendant presqu'un an, elle me racontait souvent la même histoire quand on se voyait. Elle me précisait qu'elle avait lavé son plancher de cuisine à genoux! Une anecdote sans importance? Pas du tout. Elle se devait de quitter la cuisine de sa mère. Elle se devait de s'investir au coeur de son premier chez-soi et donc, au coeur d'elle-même, d'une façon très personnelle. La rupture d'avec sa mère et sa façon de nourrir ses enfants marquait le début d'un temps nouveau, une naissance à sa vie d'adulte. C'est à genoux (et elle me le spécifiait bien) que le seuil de la maturité se traverse. À genoux, en toute humilité et avec dévotion. Elle honorait par son travail, pas très fastidieux mais assidu, sa propre cuisine. Dans tous les sens du terme, c'est-à-dire le lieu physique et aussi son alimentation, sa façon de prendre soin de son corps de femme.
Un autre souvenir: une participante dans un groupe de thérapie dans lequel j'étais moi-même participante raconte que sa mère s'était donné la peine (je dis bien la peine!) de répondre aux projets alimentaires de chacune de ses filles. Ainsi, elle faisait trois fois par jour quatre sortes de repas différents. Un repas ordinaire pour elle et son mari, un repas macrobiotique pour une de ses filles, un repas végétalien pour l'autre et un repas végétarien pour la petite dernière. Cette participante n'arrivait pas à s'investir dans sa propre vie de femme, elle n'arrivait pas à "cuisiner" sa vie. À mon humble avis, cette mère aurait dû refuser de se plier aux exigences de ses filles. Celles-ci auraient eu à créer leur maison, leur foyer et leur propre façon de se nourrir.
Avez-vous quitté la cuisine de votre mère? Avez-vous honoré de votre travail, humble et régulier, votre cuisine et votre âtre intérieur?
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